FEV 03 - AVR 30  

SOLY CISSÉ

SOLYGRAPHIE

SOLYGRAPHIE, OU L'ÉCRITURE DE L'ÂME

Dans ses dessins, sculptures et peintures néo-expressionnistes, Soly Cissé explore les relations entre tradition et modernité, homme et nature, le spirituel et le profane. Ses compositions, caractérisées par des coups de pinceau épais et des palettes de couleurs intenses, révèlent un univers fantastique et inquiétant dans lequel évoluent des figures humaines, des animaux et des créatures hybrides.


Cissé utilise un langage visuel complexe pour révéler comment la mondialisation et la modernisation ont érodé les valeurs et les modes de vie traditionnels. L'artiste a grandi pendant une période de transition et d'agitation sociale et politique, et considère son travail comme une forme d'activisme social.


Soly Cissé vit et travaille à Dakar et a exposé à New York, Paris, Londres, Cologne, Cape Town et Tokyo. Cette exposition en collaboration avec BLAACKBOX offre l'occasion de découvrir de nouvelles œuvres de sa main.



FEV 03 - APR 30  

SOLY CISSÉ

SOLYGRAPHIE

Artiste incontournable sur la scène contemporaine, Soly Cissé est né en 1969 à Dakar, au Sénégal. Enfant, fasciné par les transparences et la lumière, il s’amuse à dessiner sur les radios de son père, radiologue. Très rapidement l’écriture apparaît dans ses compositions.

 

L’écriture, ce moyen de communication qui représente le langage à travers l'inscription de signes sur des supports variés, s'appuie sur les mêmes structures que la parole, tout en s’accompagnant de contraintes additionnelles liées au système de graphies propres à chaque culture. 

 

C'est d'une certaine façon « l'intégration de la langue des hommes au visible ». 

Bien que le l’histoire du Sénégal, comme une bonne partie de l’Afrique, soit issu de la tradition orale, il y existait toutefois des symboles picturaux porteurs de sens. 

 

 

 Ainsi, dans sa graphie, Soly Cissé crée une écriture, une polygraphie qui va au-delà du visible. Il y dialogue inlassablement avec les formes, les couleurs et les énergies véhiculées dans l’animisme traditionnel.

Le dessin et l’écriture s’y prolongent pour ne faire qu’un dans une transe de couleurs et de formes qui s’entrechoquent. La peinture de Soly ouvre l’espace qui environne l’œuvre pour en défier les limites. La Solygraphie est donc un mouvement incessant entre une écriture reconnaissable et des signes qui semblent appartenir à un autre monde. Ces compositions engagées nous parlent ainsi de l’ancêtre le plus lointain à notre monde contemporain.  

 

Cette nouvelle exposition marque le retour de Cissé sur la scène artistique belge et permet de découvrir des œuvres encore peu connues de ce plasticien prolifique, tout en présentant un travail nouveau et puissant qui puise son énergie dans les éléments constituant la Solygraphie.

Au travers une trentaine d’œuvres soigneusement sélectionnées, ce sont l’essence de Soly Cissé et sa contribution à la figuration expressionniste africaine qui sont déclinés en une complexité de langages.

 

Depuis plus de vingt ans, Soly creuse le sillon d’un travail profond et ambitieux. Lui qui admirait ses pères, les artistes de la première et seconde vague de l’École de Dakar, le voici maintenant arrivé à maturité. Les rôles sont inversés, il est devenu l’un des pères de la nouvelle vague d’artistes contemporains de Dakar, et d’ailleurs.

 

C’est évident, Soly Cissé a contribué à l’influence et à l’orchestration de la puissance qui émane de la création artistique contemporaine du Sénégal, et de l’Afrique d’une manière plus large. Après avoir écumé les institutions muséales, les foires, et les galeries, son travail se module et, sans se contredire, se réinvente. La crise de la Covid-19 a été pour lui l’occasion de faire le point sur ces décennies de création. Plongé dans une introspection artistique et spirituelle. Soly a utilisé ces mois où le monde était en suspend pour dialoguer avec son moi intérieur, sa palette graphique et cognitive.

 

Durant cette autoanalyse, il a décidé d’interroger les constantes qui habitent son travail depuis les débuts. Notamment cette graphie si particulière qu’il utilisa dès ses premiers dessins.

Ces signes qui suggèrent, sans pour autant jamais se dévoiler, nous questionnent sur un ton incisif et sans compromis. Rien n’est inutile, chaque parcelle de la toile est investie comme si elle était le cœur du tableau. Il suffit de se rapprocher suffisamment, pour prendre la photo d’une partie de la toile et comprendre que vous venez de créer une nouvelle œuvre qui comprend toutes les caractéristiques de l’ensemble. Soly travaille quasiment à la manière du chou Romanesco. C’est une variété de chou brocoli originaire d'Italie qui a une particularité mathématique. C'est en effet le parfait exemple d'un objet fractal naturel : chaque partie du chou, de la plus petite à la plus grande, revêt une forme qui correspond aussi à la forme de l'ensemble de la plante.

 

Son approche artistique est une collision constante entre l’envie de styliser et le besoin incompressible d’ajouter des détails. Cette dualité est à l’origine de la vibration des éléments picturaux que l’on ressent à l’observation de son œuvre. Tout arrive et tout s’en va dans le même mouvement. C’est précisément la même sensation que l’on peut ressentir face à l’art classique africain.

Derrière une apparente simplicité, se cachent des objets animistes qui nous invitent dans un univers d’une richesse et d’une complexité insoupçonnées. Chez Cissé, les symboles animistes sont mis en abîme pour dialoguer avec les signes ancestraux, mais aussi pour les pervertir sans tabou.

 

J’ai envie de dire que Soly est un artiste qui utilise un langage animiste en spirale. Semblable à une spirale, il forme une famille de courbes (ou d’élément picturaux) d'allure similaire : une partie de la courbe semble s'approcher d'un point fixe tout en tournant autour de lui, tandis que l'autre extrémité semble s'en éloigner. C’est précisément au cœur de cette énergie créatrice en perpétuelle contradiction que nait l’harmonie créatrice qui illumine ses créations.

 


Le travail de Soly Cissé, campé dans la solidité du trait, de la figure, impose une présence massive et inquiétante, telle une menace, une accusation des laissés pour compte à l'encontre de l'ordre mondial qui les écrase. Dans ses dessins, les hommes ont des faces étranges, avortées, informes, telles des créatures inachevées, ébauches d'hommes fixés à un stade antérieur (postérieur ?) de l'humanité.


Cette troisième exposition organisée par BLAACKBOX, en collaboration avec Moussem Cities Dakar et De Markten, est l’occasion pour la galerie de célébrer le parcours d’un artiste visuel qui a marqué ce début de XXIème siècle en se distinguant comme l’un des champions de la continuité reliant l’art classique et traditionnel africain à l’art contemporain des artistes du continent et de la diaspora. Révélé par les plus importantes expositions qui ancrèrent l’art du continent dans l’histoire de l’art, puis confirmé par les prestigieuses publications qui en tracèrent le chemin, Solygraphie est une réponse sans appel à l’ardente pulsion créative qui anime Soly, la preuve irréfutable que l’art est le langage qui traduit nos âmes.

 

 

 

Thiémoko Claude Diarra

Février 2022